Nous ne pouvons pas vous détailler nos "aventures malgaches" sans vous décrire un peu notre action dans nos différents lieux de stage. C'est quand même pour travailler qu'on est parties!!!
Il a d'abord fallu prendre contact avec ces centres, nous imprégner de l'ambiance, et nous familiariser un peu avec les professionnels qui y travaillent, avant de pouvoir établir des projets correspondant au mieux à chaque endroit.
Donc voilà un état des lieux de ce que nous avons fait jusqu'à maintenant. Toutes nos excuses aux "profanes de l'orthophonie" si notre jargon est parfois difficile à suivre..
Notre travail au centre Aka-Ma.
Nous intervenons dans les classes de Mme Lala en maternelle , de 12ème, (classe de Mme Odette), 11ème,(classe de Mme Jeannette), et de 10éme, (classe de Mme Alice).
A Aka-Ma, la langue naturelle est la langue des signes: les enfants et quelques enseignants sont sourds profonds ou sévères, et ne sont pas appareillés. Autant dire qu'ils n'entendent rien, ou presque.
Pour ce qui est du langage oral, on procède dès la maternelle à une technique au nom barbare de "démutisation".
Pendant les cours, la démutisatrice prend à part chaque enfant pendant une dizaine de minutes, lui met un casque sur les oreilles (Perrine, qui a essayé le casque, m'a dit que ca amplifiait autant le bruit du stylo qui tombe que le son de la voix..). Ils s'asseyent côte à côte face à un miroir, et la démutisatrice fait répéter à l'enfant des mots, qui sont collés dans son cahier. En maternelle, les mots doivent être au nombre de 10, pas beaucoup plus en 12ème et 11ème, pour arriver à la vingtaine en 10ème.
C'est de la répétition bête et méchante, avec une dame qui surarticule à mort, et fait répéter des syllabes plutôt que des mots. Ca n'avance pas très vite, mais c'est assez compréhensible, puisqu' on ne les fait parler 10 minutes tous les deux jours.
Le reste du temps, l'institutrice (même si elle est entendante) ne fait que signer, chuchote quelques mots parfois, mais c'est tout.
Mais tout de même, le tableau n'est pas si noir que ca: Instits et démutisatrices font preuve d'une grande patience, d'une grande pédagogie, et se débrouillent super bien avec les moyens du bord, qui sont énormes comparé à beaucoup d'écoles malgaches, et ridicules comparés aux notres.
Donc notre premier objectif a été de faire une grande campagne d'information auprès des démutisatrices et des institutrices: il faut leur PARLER, à ces enfants! A grand renfort d'arguments: s'ils ont ne serait-ce qu'un tout petit reste auditif, il vaut mieux ne pas chuchoter, mais plutôt parler fort. De plus, le fait de leur parler leur montre l'importance du langage oral. Sans parler de l'attention au visage, et de la lecture labiale.
On n'a pas encore osé leur parler de l'intérêt limité de la surarticulation...
En fait, le dialogue est beaucoup plus facile avec certaines éducatrices qu'avec d'autres: déjà pour des raisons de langue: forcément, le degré de compréhension de ce qu'on raconte va de pair avec leur degré de compréhension du francais! Il y a aussi une question d'affinités, de motivation de leur part. La dernière chose: les enseignantes sourdes ont l'air de savoir parler plutôt bien, mais on n'a pas encore réussi à trouver le moyen de leur demander de le faire; C'est assez délicat, tout de même.
Donc, pour le moment, on rabache à qui veut l'entendre qu'il faut parler à voix haute. Pour l'instant, ca n'est pas très concluant. D'autant qu'on s'est nous mêmes surprises quelques fois à imiter les enseignantes en chuchotant! Il faut faire attention à ce que le transfert de méthode ne se fasse pas dans le mauvais sens!
La deuxième chose, surtout avec les maternelles et les 12èmes: rendre la démutisation un peu plus intéressante, plus drôle, plus attrayante. Même si à Madagascar, les enfants ne sont pas contrariants, et très obéissants, ce n'est pas une raison! Donc on a mis en place un projet de jeux. Histoire de leur donner une motivation en plus: donc on est en train de créer du matériel, avec plein d'images pour jouer au mémory, au loto, et à d'autres jeux qu'on n'a pas encore proposés, mais chaque chose en son temps.
Le détail qui nous a fait super plaisir, c'est que les démutisatrices reprennent nos idées à leur compte: on leur explique, et on n'a même pas le temps de leur montrer que déjà elles le mettent en application. Et comme elles ont quand même plus d'éxpérience que nous, et pas mal de méthode, c'est très efficace.
Par ailleurs, on essaie de sortir un peu des sentiers battus, et de s'éloigner de l'aspect très "école des années 50" que l'on trouve dans les classes.
Notre "atelier tam-tam" fait fureur.
Au programme: tour de rôle, imitation,respect de règles, détection... Donc on joue au chef d'orchestre, aux chaises musicales... (et bientôt à d'autres jeux qu'on n'a pas encore inventés!)
Pour ce qui est du rythme, on a encore un peu de mal: ca dépend vraiment de l'âge des enfants, et surtout de leurs restes auditifs...
On apprend aux petits de maternelle à répondre au "j'entends/ j'entends pas", afin de leur faire passer un audiogramme le plus tôt possible, pour connaitre précisément leur degré de surdité.
Et puis on s'essaie à la méthode verbo tonale (c'est une méthode où on assimile l'articulation à l'ensemble du corps: en gros, on fait de grands geste en parlant très fort, et en répétant des sons. C'est un peu sommaire comme définition, mais la méthode en elle même est très efficace). On a d'abord commencé par vouloir leur apprendre une chanson. Et on s'est rendu compte que c'était un peu utopique de vouloir débuter par quelque chose de si compliqué. Donc pour le moment, on s'est limitées à placer les voyelles (on n'a fait qu'une séance par classe, pour le moment). La prochaine fois, on fera des consonnes... et on n'a pas encore trouvé comment on allait faire!
Notre travail à la clinique audiologique du Dr Théodore.
Lorsque nous sommes arrivées, le Dr Théodore nous a demandé deux choses: tout d'abord, aider ses audiologistes à trouver un moyen de réaliser un audiogramme sur des enfants de moins de 5 ans.
On a essayé. Et franchement, ça n'est pas concluant. En plus c'est pas notre boulot. Donc à défaut d'arriver avec la "formule magique" qu'ils attendaient, on leur a proposé de travailler avec le centre Aka-Ma, et de sensibiliser les démutisatrices pour qu'elles apprennent aux enfants à répondre "j'entends, j'entends pas.."
La deuxième chose, c'était de faire de l'audiométrie vocale.
On a essayé aussi. Et franchement, ce n'est pas concluant non plus: on a essayé avec quelques patients, de faire répéter des listes standardisées en malgache (résultat de la collaboration d'un professeur francais, et d'un linguiste malgache), avec l'audiomètre, à différentes intensités. Impossible d'avoir un résultat fiable: on passait du simple au double d'intelligibilité à une même intensité, juste en changeant de liste. En plus, c'est pas notre boulot. Donc on a aussi laissé tomber
Donc, pour conclure, après avoir expliqué à Lalasoa et Doudou, nos deux audiologistes (qui sont deux personnes absolument adorables), qu'on ne pouvait vraiment rien à leur problèmes d'audiométrie, on a décidé de ne venir qu'une après midi par semaine, pour rédiger et traduire en malgache des plaquettes d'information. La première s'intitule "conseils aux parents d'enfants sourds".

Après notre découverte de l'hôpital Befelatanana, il a fallu mettre en place des projets concrets, réalisables et surtout qui servent à quelque chose!!! Un de nos premiers objectifs a été d'informer tous le personnel de ce qu'était l'orthophonie. A part ceux qui étaient partis en France, personne ne comprenait vraiment ce qu'était notre métier. Ils nous prenaient un peu pour des magiciens qui en un tour de main auraient fait parler le monde entier. Lisa et Dom ont donc fait une conférence le 13 Mai devant le staff social de Befelatan c'est à dire du Professeur Raobijaona, chef de service, au balayeur. Il nous a fallu être très simples et concrètes. Nous avons donc parsemé notre présentation d'exemples. En plus d'illustrer nos propos ils ont permis de détendre l'ambiance (Lisa avec un trouble d'articulation c'est forcément drôle...). La conférence s'est donc super bien passé malgré notre débit un peu trop rapide. Les questions qui ont suivies étaient très pertinentes. Cette première présentation nous a donc permis de nous sentir plus à notre place dans le service et de poser d'autres objectifs. Nous avons traduit deux plaquettes d'information à distribuer aux parents: l'une se nomme "papa, maman, le langage c'est important" et l'autre est constituée de conseils au parents qui ont des enfants qui ont des difficultés d'alimentation et de déglutition. Dans cette même continuité, nous avons mis en place une après midi par semaine un groupe avec des mères pour leur montrer et leur apprendre des techniques simples afin de faciliter l'alimentation de leur enfant.
Voilà en ce qui concerne l'aspect purement orthophonique. Nous avions reçu des subventions destinées exclusivement aux enfants. Pour utiliser cet argent à bon escient nous avons acheté panneaux colorés, gouaches, feutres, pinceaux pour créer des grandes affiches pour égayer les couloirs sombres de l'hôpital. Tous les après-midi à Befelatan sont donc consacrés à des ateliers peintures et décoration avec les mamans qui le désirent et nous espérons bientôt les enfants... Nous souhaitons aussi construire des mobiles pour les accrocher au-dessus des lits des enfants.
Comme vous le voyez nos projets sont multiples et nos soirées sont bien occupées par leurs préparatifs.

L'hôpital Militaire ou HOMI
Comme dans les autres structures, notre travail à l'hôpital militaire a fait son bonhomme de chemin. En compagnie de Rose ou Hanitra (les 2 orthophonistes), nous discutons des prises en charge qu'elles ont à effectuer. Parfois, nous menons ensemble les rééducations.
Ces temps-ci, nous axons l'information sur les principes du bilan de langage oral, dont elle ne dispose d'aucun test. Nous mettons donc en place des fiches techniques pratiques. Nous insistons également sur l'importance des conseils donnés aux parents, et de l'écoute de leur plaintes.
Toutes nos interventions s'effectuent dans un cadre d'échange entre nos connaissances théoriques et leur expérience de la pratique "orthophonique" à Madagascar.
Le manque cruel de matériel tels que les livres, les contes pour enfants, nous a poussés à en créer, nous mêmes. Rose ou hanitra traductrice (du français au malgache), et nos petites mains décoratrices, nous nous sommes atelées à remodeler les popis, babar, belles histoires et compagnie (dont Bayard presse dont avait fait le don). Nous avons pu également compléter le tout avec des jeux orthophoniques (mot à mot), des ouvrages théoriques (ortho-édition) et des tas de crayons (merci la maman d'Aurore!).

